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Les oiseaux du littoral, les images : Le fou de bassan – Frédéric Migayron

Les conditions de prise de vue
« L’un de mes amis, photographe féru d’ornithologie, connait mon amour de la nature et de la photo. Il souhaitait partir en Ecosse et dans le Nord de l’Angleterre où je l’ai accompagné. Nous y sommes allés en Mai.

L’Île de Bass Rock semble proche, mais le trajet me parait long sous la pluie, recroquevillé que je suis sur mon matériel. Et puis nous arrivons, nous naviguons tout près de cette falaise couverte de fous, et j’oublie tout. Les oiseaux sont là, devant moi, à quelques mètres, tout au plus vingt mètres lorsque le capitaine change de cap. Il n’y a sur l’ilot que des fous de bassan, pas d’autre oiseau, et ils n’ont pas un regard pour nous, nous ne les dérangeons pas, et pourtant nous sommes dans leur intimité, j’ai vraiment l’impression d’être au milieu d’eux et de vivre avec eux. C’est extraordinaire, un vrai spectacle de danse, il y en a partout.

Ils décollent vers le large en une impulsion et s’en vont en quelques battements d’ailes, d’autres reviennent au nid le bec chargé de varech. C’est l’époque où ils préparent le nid. Ils rejoignent leur partenaire en planant, pattes en avant, ajustant leur position avec précision pendant que les voisins de nid leur signalent cou tendu qu’ils envahissent leur espace. Tout ce ballet est accompagné de leur cri, un genre de caquètement avec des sons de R roulés qu’on entend de loin, mais multiplié par dix mille. Je réalise qu’il pleut encore bien car je dois souvent essuyer la lentille de mon objectif, mais cela ne me dérange pas, je suis tout à ce spectacle. Je les trouve magnifiques avec leur tête profilée pour la plongée, leurs yeux bleus maquillés de noir et leur plumage blanc taché de jaune. Leur vol est un peu lourd au début surtout quand ils décollent de la surface de l’eau, ils prennent de l’altitude en quelques battements d’aile et leur vol plané est tellement élégant. Je finis par repérer leur attitude au moment où ils se projettent hors de la falaise. Je règle mon appareil sur la vitesse maxi, j’en repère un en face de moi sur la falaise et, malgré la houle et les mouvements du bateau, je le suis dans son envol. Cette fois, il décide de prendre de l’altitude, tout son corps est tourné vers le ciel, très aérodynamique, il ressemble tellement à un avion en plein ‘effort’, j’appuie sur le déclencheur et fige l’instant, les gouttes de pluies restant suspendues en l’air. Nous faisons plusieurs tours de l’île, sans voir le temps passer.

Je réalise tardivement que je n’ai plus un poil de sec et nous explosons de rire avec mon ami. Nous ne savons plus trop où sont les fous, sur l’île ou sur le bateau, j’ai l’impression que le capitaine a son idée la dessus.

Au-delà des photos, je garde ces moments magiques en mémoire.  »

L’auteur et l’exposition de Millesternes
« Lorsque j’ai fait cette sortie, je me suis senti comme un gamin, plein de joie, une joie simple et le plaisir de découvrir la vie de ces animaux. Lorsque j’ai pris cette photo, je n’ai pu m’empêcher de comparer le fou à un avion, et la nature forge des avions qui n’ont rien à envier à nos constructions mécaniques… En participant à cette exposition, j’espère partager une partie du bonheur que j’ai ressenti et, peut-être, aider à mieux connaitre ce magnifique oiseau.
Je tiens à préciser que sur cette ile, les fous ont l’habitude de nicher et de voir des navires emplis de touristes faire le tour, les bateaux font partie de leur décor, et ils considèrent surement les hommes comme une partie du navire. Par contre, je ne regrette pas d’être resté sur le navire : d’après ce que j’ai vu, je suis convaincu qu’en débarquant, nous aurions été trop proches des lieux de nidification et il est très probable que nous les aurions dérangés. »

Frédéric Migayron

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